Thomas Ruyant : "Je ne pars pas à l'aventure"
A 4 jours du départ de la transat 6.50, Thomas Ruyant aborde ses derniers préparatifs. Le skipper du voilier « Faber France » se présentera dimanche sur la ligne de départ dans la peau d’un favori. Quatre questions au jeune dunkerquois…
1) Quelles sont les valeurs de la transat 6.50 ?
On parle souvent de l’esprit « mini ». Il est clair que l’un des points forts de notre classe est le mélange des genres. Au départ de la transat 6.50, il y aura des marins qui viennent d’horizons et de milieux différents. C’est un vrai métissage de purs amateurs et de semi-professionnels. L’ambiance est au rendez-vous entre nous. Il y a beaucoup d’entraide et de camaraderie. Tu ne retrouves pas ça dans d’autres circuits. Un projet 6.50 reste abordable !
La transat 6.50 est également une course en solitaire et sans assistance. Il existe de multiples compétitions à la voile en solitaire mais très peu voire aucune sans assistance. Sur le Vendée Globe, les compétiteurs peuvent appeler la terre à tout moment. Sur la Mini-Transat, nous n’avons pas de contacts avec l’extérieur. Nous disposons seulement d’un bulletin météorologique et d’un classement par jour grâce à Monaco Radio. La portée VHF n’est que de 20 milles nautiques. Nous pouvons passer plus d’une semaine sans aucun contact. Avec le bulletin météo, nous n’avons qu’une situation générale. Concernant le classement, à nous d’extrapoler car il nous donne que la distance au but.
2) Peux-tu nous analyser le parcours de la transat 6.50 ?
Le parcours est scindé en deux avec une première étape entre La Rochelle et Funchal (Madère) et une seconde vers Salvador de Bahia. Pour le premier acte, la situation météorologique est souvent classique avec soit un système dépressionnaire de Sud-Ouest soit anticyclonique de Nord-Est. A priori, nous allons plutôt partir au portant cette année. Le dégolfage est souvent important. Il s’agit d’entrer rapidement dans le grand bain. Nous aborderons ensuite le cap Finisterre en Espagne. C’est un gros point de passage avec régulièrement un renforcement du vent et des effets de site à ne pas négliger. Après, c’est souvent du portant le long des côtes portugaises avec quelques alizés. Enfin, en approche de Funchal, gare à la pétole sous le vent de l’île. Mon objectif sera d’essayer d’être tout de suite dans le match lors de cette première étape. On va d’entrée de jeu voir les forces en présence. La prime sera aux marins les plus en jambes.
La deuxième étape est la grande partie du parcours avec réellement la traversée de l’atlantique. Jusqu’au Canaries, nous évoluerons dans les alizés et on devra négocier le passage des îles soit à l’intérieur soit à l’extérieur. Le long des côtes mauritaniennes, le jeu sera de faire attention aux pêcheurs, aux filets, aux pirates ! Au passage du Cap Vert, marque de parcours obligatoire, il faudra réfléchir à l’option la plus judicieuse à cause des effets de site avec des montagnes à plus de 1500 mètres. On abordera alors le pot au noir qui en 6.50 est très aléatoire car nous allons moins vite que les grands bateaux. Cette zone sans vent est un peu la roulette russe. Il faudra regarder le ciel, les nuages pour trouver les portes d’entrée et de sortie. Après c’est souvent du près, le fameux passage de l’équateur, quelques alizés de Sud-Est et trois à quatre jours de portant (reaching) en direction de l’arrivée.
3) Peux-tu nous présenter ton voilier, ses caractéristiques ?
L’une des grosses particularités de mon plan Finot 2003 est son mât basculant. Je m’en sers surtout pour ma quête à savoir le basculer en arrière comme une planche à voile dans la brise mais pas énormément en latéral. Comme tous les protos, je bénéficie également d’une quille basculante. J’ai aussi deux dérives asymétriques que j’ai rallongées. Elles me serviront surtout dans les transitions car on n’a pas souvent de prés. J’ai changé mes profils de safrans. Ils sont moins profonds mais plus larges. J’ai ajouté un siège réglable le long du puits de quille pour le repos et j’ai désormais un écran que je peux déporter à l’intérieur du bateau de façon à pouvoir mieux veiller sur mon cap, ma route, ma vitesse. Mon prototype est assez typé. Par rapport aux voiliers de la dernière génération, il est moins puissant mais plus polyvalent. « Faber France » est assez nerveux au portant avec sa carène tendue. Il a tendance à enfourner à quelques allures mais le but sera de gérer mes différentes configurations de voile, certainement différemment que les autres plans. Au final, nous avons des voiliers très proches en vitesse.
4) Tu seras au départ de ta deuxième transat 6.50 parmi les favoris de la course. As-tu la pression ?
Je le vis assez bien, c’est une bonne pression. J’ai fait un bon travail depuis quatre années sur ce circuit 6.50, j’assume. C’est plutôt sympa d’être favori, cela ne me dérange pas plus que ça car mon objectif est bien de gagner la course. Et puis il faut relativiser cette position de favori car il y aura une belle concurrence au départ avec pas moins de 15 prototypes capables de monter sur le podium. Beaucoup de skippers se sont donnés les moyens d’être devant. En tout cas, en comparaison avec ma première participation, j’ai plus d’expérience, je ne pars pas à l’aventure.
A retenir :
Parcours : La Charente-Maritime (France) / Funchal (Iles de Madère-Portugal) / Salvador de Bahia (Brésil)
Nombre de milles à parcourir : 1 100 milles entre la Charente-Maritime et Funchal et 3 100 milles entre Funchal et Salvador de Bahia soit 4 200 milles au total. La Charente-Maritime/Bahia Transat 6,50 est la plus grande distance à parcourir dans l'histoire de cette course.
Nombre de kilomètres : 7 800 km
Date départ de La Charente-Maritime : dimanche 13 septembre 2009
ETA arrivée à Funchal (Ile de Madère) : vendredi 18 septembre 2009
Date départ de Funchal (Ile de Madère) : samedi 3 octobre 2009
ETA arrivée à Salvador de Bahia (Brésil) : mardi 20 octobre 2009
Temps forts première partie : Traversée du golfe de Gascogne ; Descente le long des côtes du Portugal ; Approche de l'archipel de Madère et atterrissage au large de Funchal.
Temps forts deuxième partie : Descente vers les Canaries puis les îles du Cap-Vert dans les alizés de nord-est ; Approche des archipels Canarien et Capverdien ; Entrée dans le Pot au Noir ; Négociation de la ZCIT (Zone de Convergence Intertropicale) ; Traversée de l'équateur ; Entrée dans le système des alizés de sud-est côté hémisphère Sud et approche de Salvador de Bahia.
